Debussy par lui-même

Publié le 19.03.2018
Quelques textes du compositeur
Debussy portrait Marcel Baschet © BnF

 
 
« Je ne révolutionne rien. Je ne démolis rien. Je vais tranquillement mon chemin, sans faire la moindre propagande pour mes idées, ce qui est le propre du révolutionnaire. […] Certaines personnes veulent tout d’abord se conformer aux règles ; je veux, moi, ne rendre que ce que j’entends. Il n'y a pas d'Ecole Debussy. Je n'ai pas de disciple. Je suis moi. »

Claude Debussy, Déclaration à un journaliste autrichien, 1910. Repris dans Monsieur Croche (Gallimard)

 

 

« […] Il n’y a qu’une musique, et celle-là prend en elle-même le droit d’exister, qu’elle emprunte le rythme d’une valse, – voire d’un café concert –, ou le cadre imposant d’une symphonie. Et pourquoi ne pas voir que, dans ces deux cas, le bon goût sera souvent du côté de la valse, tandis que la symphonie dissimulera avec peine l’amas pompeux de sa médiocrité.

Ne nous obstinons donc plus à proclamer ce lieu commun, solide comme la bêtise : des goûts et des couleurs il ne faut point discuter… Au contraire, discutons ! […] Soutenons que la beauté d’une œuvre d’art restera toujours mystérieuse, c’est-à-dire qu’on ne pourra jamais exactement vérifier « comment cela est fait ». Conservons, à tout prix, cette magie particulière de la musique. Par son essence, elle est plus susceptible d’en contenir que tous les autres arts. »

Claude Debussy,  article « Du gout » paru en février 1913 (repris dans Monsieur croche, Gallimard)

 

 

Debussy : « Je ne suis pas un grand pianiste… »

Le journaliste : « J’hésite à le croire ! On m’a rapporté que vos Préludes, quand vous les interprétez, sont une… révélation !

Debussy : « Laissez dire. Ne croyez pas les encenseurs. Il est vrai que j’interprète convenablement quelques-uns des Préludes, les plus faciles. Mais les autres, où les notes se suivent à une extrême vitesse, me font frémir…

Le journaliste : « Trembler devant ses propres créations ! Quelle lâcheté !

Debussy : « Pourquoi ne pas dire plutôt que je respecte les très chères filles de mon esprit, et me garde de les massacrer sur le clavier du piano ? »

Le journaliste : « Votre modestie me stupéfie. »

Debussy : « Ne parlez pas de modestie, je vous en prie : dites plutôt que j’ai une exacte perception de mes mérites et de mes inaptitudes ! »

« Debussy se juge comme interprète », Entretien avec un journaliste, Rome, 1914

(cité dans Debussy, de Jean Barraqué, Le Seuil, 1994)

 

 

 

« Nuit sans fin »

 

« Nuit sans fin. Tristesse morne des heures où l'on attend !

Cœur rompu.

Fièvre du sang rythmant les douces syllabes de son nom.

Qu'elle vienne, la trop désirée,

Qu'elle vienne, la trop aimée,

Et m'entoure de son parfum de jeune fleur !

Que mes lèvres mordent le fruit de sa bouche

Jusqu'à retenir son âme entre mes lèvres !

Ai-je donc pleuré en vain,

Ai-je donc crié en vain vers tout cela qui me fuit ?

Tristesse morne.

Nuit sans fin ! »

Un poème pour le cycle Nuits blanches, écrit et composé par Debussy en 1898